Retour sur Fond-des-Nègres

Alors que le musicien Wyclef Jean a confirmé sa candidature à l’élection présidentielle d’Haïti, les Inrocks sortent de leurs tiroirs une très bonne chronique de Charles Najman, publiée initialement en Août 1997 :

Une étonnante maison de bois se profile sous un ciel lourd, gris anthracite.Installé en plein centre de la capitale, près du théâtre traditionnel des coups d’Etat qu’est le Palais national, l’hôtel Oloffson est le refuge des journalistes qui viennent encore écrire ici un article choc qu’ils intituleront fatalement »La République du cauchemar » ou, mieux encore, « Au pays des zombis » : Haïti reste décidément le mauvais rêve de la presse internationale. Un pays qui a des journaux et des mambos (prêtresse du vaudou), des partis et des esprits, des édits et des gris-gris, des lois et des loas (en créole, dieux du vaudou) ne se laisse pas facilement saisir par les gros titres des médias. Trop de contrastes, d’invraisemblance et d’incohérence pour les éditoriaux de l’Occident. On ne passe pas si facilement des quais de la Seine aux rives d’Agoué, le génie aquatique du vaudou haïtien.

L’Oloffson, c’est l’illusion perdue de Port-au-Prince. Dans cette ville en pleine destruction, saturée de bidonvilles, l’élite tente de recréer un paradis tropical pour cartes postales. Dans les années 50, c’est ici que Graham Greene écrivit Les Comédiens, un roman acerbe sur la dictature duvaliériste et les sinistres tontons macoutes, dans lequel l’hôtel jouait le rôle de décor principal. Avec l’adaptation hollywoodienne du livre, interprétée par Elizabeth Taylor et Richard Burton, l’Oloffson devint brusquement un rendez-vous obligé de la jet-set internationale. (…)

A lire sur le site des Inrocks

Haïti d’Air Mail Music

Je voudrais vous parler de la compilation “Haïti”, extraite de la collection “Air Mail Music”, le concept étant de proposer un disque par pays. J’ai découvert ce disque récemment, malgré sa sortie il y a une dizaine d’années (1999).

L’album se révèle être riche malgré son apparence : il compile deux types de musique haïtienne, le genre “rara”, et le côté chanson, folklorique. En cela il n’est pas très éloigné du disque de musique paysanne « Fond des Nègres, Fond des Blancs » enregistré par Charles Najman et Emmanuelle Honorin.

Pour les néophytes, le « rara » est un genre musical spécifiquement haïtien, c’est une musique issue du vaudou destinée à encourager le travailleur dans l’effort. Lors du carnaval, les nombreux musiciens des groupes rara, armés de vaccines en bambou ou en zinc, déambulent dans les rues en produisant une musique rythmique et hypnotique.

Les enregistrements “rara” présents sur l’album sont intéressants, d’autant que le genre est peu représenté discographiquement ; mais ce qui attire davantage notre attention ici, ce sont ces chansons interprétées par… un groupe inconnu, la pochette ne donnant aucun nom d’artiste. Reste que les chants “Man Man Moin”, “Denise”, “Belle Paysanne” et “Soleil” sont de belles interprétations folkloriques, très agréables à écouter.

Je vous laisse apprécier la pertinence de la petite note explicative au dos de l’album :

“Le génie particulier du peuple haïtien, nourri de subtilité rythmique, d’humour et de poésie rustique, s’est manifesté principalement dans la musique religieuse, destinée aux innombrables manifestations et variantes du culte ancestral africain (vaudou) et dans celle qui a une signification sociale : chant de travail, de revendication ou de satire.”

En résumé il s’agit donc d’un disque à posséder si toutefois le flou qui entoure l’objet ne vous rebute pas!

Haïti – Air Mail Music – Sunset France (1999 – 46 minutes)

En savoir plus sur…
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Les instruments des Raras
Un chant pour travailleurs
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Une musique paysanne peu diffusée